Le week-end dernier, Les Folles Journées se tenaient à Nantes. Festival de musique classique, le concept est de donner des concerts toute la journée, dans plusieurs salles en même temps, pour offrir le maximum de variété, le tout avec des artistes connus ou non. Cet évènement se tient à la Cité des Congrès, qui pour cette occasion se transforme en fourmilière, tournant autour du Kiosque à musique de la Grande Halle. Cette année, les Folles Journées vibraient au rythme de Chopin, 2010 étant l’année du centième anniversaire de sa naissance.
Cette année, je n’avais que trois concerts avec ma mère (obtenir des billets se révèle chaque année de plus en plus une aventure…), mais quels concerts!
Le samedi, à 12h30, nous attaquons fort avec le pianiste Boris Berezovsky et l’Orchestre Philarmonique de l’Oural (Dimitri Liss en direction), qui nous interprètent le Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur op.11. de Chopin.
Cela fait longtemps que je n’ai pas assisté à un concert classique (au moins deux mois!), et lorsque le chef soulève sa baguette pour indiquer le départ, je ne peux pas m’empêcher de bloquer ma respiration et d’attendre impatiemment les premières notes. L’orchestre joue d’une façon précise et harmonieuse, tout en finesse et nuances. Quant à Boris Berezovsky, son jeu est tellement beau et magnifique, que je ferme les yeux pour mieux profiter de certains passage. Le reste du temps, je suis accrochée à ses mains et aux mouvements de l’orchestre.
Le deuxième concert n’a lieu que le samedi soir, à 22h. Il est enregistré et diffusé en live sur Arte. Il s’agit d’une reconstituion de
concerts donnés par Chopin au XIXè siècle. Mais tout d’abord, l’ensemble Zespol Polski nous interprète une danse traditionnelle polonaise, utilisant pour ce faire les instruments d’époque: violons creux, tympanon, basse, percussions. Un seul regret, les danseurs, qui accompagne l’ensemble d’habitude dans la Grande Halle, ne sont pas présents à ce concert…
Puis, une succession de pianistes interprètent les morceaux choisis par Chopin, accompagnés par la Sinfonia Varsovia dirigée par Jacek Kaspszyk.
18 Août 1829, à Vienne, le programme est composé du Krakowiak de Chopin et de ses Variations sur « La ci darem la mano » de Mozart. Le premier morceau est joué par Abdel Rahman El Bacha, grand, très grand artiste. Ses doigts dansent sur le clavier, qui se plie à tous ses mouvements, donnant l’impression d’une symbiose parfaite entre l’homme et la musique. Tout paraît facile à voir son jeu aérien, et tout est émotion dans ses nuances, ses fortes et ses silences…
Le deuxième morceau est interprété par Philippe Giusiano, qui donne un aperçu de sa prouesse technique. La vitesse de ses doigts donne l’impression qu’il en a dix à chaque main! Ce qui n’empêche pas d’offrir une interprétation très belle et très juste de ces Variations…
11 Octobre 1830, Varsovie. Chopin a compris qu’il ne serait pas accepté par celle qu’il aime, et donne un concert d’adieu avant de partir pour Paris. Il ne reviendra jamais en Pologne…Il s’agit d’un concert donné en l’honneur de cette femme, cantatrice, qui chantera ce jour-là les oeuvres choisis par Chopin. Pour les Folles Journées, c’est la soprano Olga Peretyatko qui joue le rôle de la cantatrice.
Le premier morceau est un extrait d’ « Il Signor Bruschino » de Rossini: « Ah, Donate il caro sposé. Au tout début, la voix de la chanteuse n’est pas chaude, et je trouve sa voix un peu acide et dure. Mais au fur et à mesure, les notes se réchauffent, la gorge s’ouvre et finalement, la voix se révèle pleinement. Elle chante d’une manière très précise, les notes sont toutes chantées à leur juste valeur. Le deuxième morceau est un extrait de « La Sonmnambula » de Bellini (opéra que je voulais aller voir à Bastille…) intitulé « Ah non credea mirarti », un de mes airs d’opéra préféré. L’émotion mise dans ce chant par Olga Peretyatko est juste et belle, et je sens mes yeux se voiler d’un peu d’eau… Pour terminer le concert, la Sinfonia Varsovia interprète l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Je découvre alors que je connais cette ouverture sans le savoir…et suis ravie de mettre un nom sur ce beau morceau, donné avec brio par l’orchestre.
Enfin, 16 Février 1848, Paris. C’est le dernier concert que Chopin donnera à Paris. Il meurt l’année d’après, à l’âge de 39 ans. Pour cette reconstitution, ce sont deux jeunes artistes (le violoniste a 20 ans, le pianiste 23 ans) qui interprète le premier morceau: l’Adagio de la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op.65 de Chopin. Les deux artistes sont en totale harmonie, et je suis impressionnée par leur jeu, si profond et en même temps si doux.
Le concert se termine par une petite déception car Boris Berezovsky est souffrant. Il est remplacé au pied levé par Iddo Bar-Shaï, qui interprète deux mazurkas de Chopin et finit le concert de façon magistrale.
En rentrant, nous restons devant Arte qui poursuit la soirée, ou plutôt la nuit, avec une émission enregistré dans l’après-midi à la Cité des Congrès… Heureusement, le lendemain, le concert n’est qu’à 15h30!
Et quel concert! Abdel Rahman El Bacha et la Sinfonia Varsovia nous offre le Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur op.21 de Frédéric Chopin. Nous terminons sur un feu d’artifice de musique, qui nous transporte ailleurs et nous fait voler au-dessus de tout. Mêmes les silences sont musique, résonnance des notes précédentes et annonce de celles qui arrivent… Quand nous sortons dans les couloirs deu grand auditorium, nous n’arrivons pas à enlever le sourire béat qui est accroché à notre visage…
Quand nous arrivons dans la Grande Halle, prêtes à sortir, nous réalisons que l’émission Arte Magazine va être enregistrée dans quelques minutes et nous restons. Grand bien nous prend! Nous avons droit au trio Chausson et surtout à la flûtiste Juliette Hurel, dont nous n’avions pas réussi à avoir le concert… Court mais intense!
Les oreilles pleines de notes et d’émotions, je rentre à Paris par le train de 22h et m’endors tard mais la tête pleine de piano et de sourires!






















