Hier soir, 20h, Théâtre des Champs Elysées à Paris. Je suis installée sur un fauteuil confortable, au 1er balcon 3e rang. J’ai une bonne vue sur la scène, et j’espère juste que le grand monsieur devant ne va pas trop bouger… Puis les lumières fondent, et s’éteignent…
Lorsqu’elle entre en scène, petit bout de femme habillée d’un simple pantalon noir et d’un haut blousant écru, le public applaudit déjà comme si le concert avait eu lieu. Elle dégage une présence douce et forte en même temps, alors même qu’elle n’a pas commencé à jouer. Et quand la première note retenti dans la salle, le monde disparaît pour ne laisser place qu’à la musique et Zhu Xiao Mei.
Zhu Xiao Mei est née en Chine, à Shanghaï, en 1949. Malgré les épreuves qu’elle a traversé au cours de sa vie, avec la Révolution Culturelle, les camps de rééducation, l’exil aux Etats-Unis puis en France, elle a réussi à garder la musique en elle et pour les autres. Aujourd’hui, elle a enregistré 5 albums, dont le premier ne date que de 1990, après avoir longuement hésité à laisser une trace tangible de son oeuvre…
Au programme de la soirée: Mozart, Schumann et Schubert. Un programme tourné autour des deux grands moments de la vie: l’enfance et la mort. Mozart, l’éternel enfant, nous a laissé une musique légère, aux notes en clin d’oeil et pourtant toujours profondes. Ses 12 variations sur “Ah vous dirais-je maman” en est un bel exemple, que Zhu Xiao Mei nous joue en kaléidoscope. Chaque variation est unique et en même temps n’existerait pas sans les autres.
La Fantaisie en ut mineur et l’Adagio en si mineur, juste avant les variations, ont donné le ton du concert: chaque note, chaque phrase est jouée comme si c’était la terre entière qui en dépendait. La pianiste donne toute son âme pour chaque petite nuance et c’est cela qui la rend unique.
L’enfance continue avec les Scènes d’Enfants de Schumann, qui nous transporte vers notre passé pour contempler notre enfance avec nos yeux d’adulte.
Enfin, l’Allegretto en ut mineur et surtout la Sonate n° 23 de Schubert nous emmène dans la vision de la mort. Ces oeuvres ont été écrites peu de temps avant la mort de Schubert, à l’âge de 31 ans seulement. Il est admis que la mort fut un arrachement pour lui, car il avait encore énormément de choses à dire en musique.
Cette Sonate est sans doute le moment qui m’a le plus ému pendant ce concert. Les lignes mélodiques, les notes de basse et les accords si recherchés m’ont profondément touchés. La douleur et la peur y sont palpables, autant que l’amour de la vie et la sérénité, contradiction évidente dans cette belle musique.
Le doigté, le toucher de Zhu Xiao Mei embellit et approfondit encore plus cette Sonate, qui devient une oeuvre hors du temps. La dernière note résonne longtemps avant que les premiers applaudissements ne retentissent dans la salle. C’est une explosion de bonheur après des instants de plénitude et de détente.
Sur nos applaudissements en rythme, elle reviendra trois fois à son piano pour nous offrir encore des moments de bonheur…
Je sors de la salle sur un petit nuage, ayant oublié le monde et ses soucis, la France et son triple A, le métro et ses incivilités, bref, le monde extérieur. Même dans la queue pour la dédicace, où les gens poussent et veulent passer en premier (c’est important de passer en premier…), je garde mon sourire et relativise. Quand je suis devant elle, je ne peux que lui dire Merci.
Merci pour cet instant de bonheur qui me fait couler des larmes de tranquillité. Merci pour m’avoir fait oublié pendant 2 heures que le monde et le temps existait. Merci pour m’avoir offert une soirée mémorable, que je garderais longtemps comme un bijou que l’on conserve précieusement.
Si vous voulez en savoir plus sur Zhu Xiao Mei, je ne peux que vous conseiller d’écouter ses disques, et de lire son autobiographie: “La Rivière et Son Secret”. Après l’avoir lue, je me suis sentie différente…Peut-être plus forte. http://www.pianobleu.com/actuel/livre20071207.html







